Quand un conjoint survivant conserve l’usufruit d’un bien immobilier détenu en indivision avec les enfants nus-propriétaires, la question fiscale se dédouble. Il ne s’agit plus seulement de savoir qui déclare les revenus ou qui paie la taxe foncière, mais de comprendre comment démembrement et indivision se superposent et compliquent chaque opération patrimoniale.
Plusieurs évolutions récentes modifient les paramètres de calcul sur la transmission, la vente et l’IFI. Voici ce qui change concrètement.
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Usufruit en indivision : pourquoi la fiscalité se complique en 2026
Démembrement et indivision ne relèvent pas du même régime juridique, même si les deux coexistent souvent dans une même succession. La Chambre des notaires de Paris le rappelle : les indivisaires détiennent des droits de même nature sur un bien, tandis que l’usufruitier et le nu-propriétaire exercent des prérogatives différentes. Quand ces deux mécanismes s’empilent, chaque décision fiscale oblige à croiser deux grilles de lecture distinctes.
Dans le cas classique d’une succession, le conjoint survivant opte pour l’usufruit de la totalité du patrimoine. Les enfants reçoivent la nue-propriété en indivision entre eux. Toute vente du bien suppose alors l’accord de l’usufruitier et celui des nus-propriétaires indivis.
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Des dispositions législatives récentes ont facilité la sortie d’indivision en permettant de forcer une vente à la majorité qualifiée. Cette accélération produit un effet fiscal direct : la plus-value immobilière est calculée pour chaque co-indivisaire selon sa quote-part économique.

Revenus fonciers et taxe foncière : répartition entre usufruitier et nus-propriétaires indivis
Lorsque le bien est loué, c’est l’usufruitier qui déclare la totalité des revenus locatifs à l’impôt sur le revenu. Il peut déduire certaines charges foncières : travaux d’entretien, primes d’assurance, intérêts d’emprunt liés au bien. Les nus-propriétaires indivis ne déclarent rien tant que le démembrement perdure, même s’ils détiennent collectivement la nue-propriété.
Côté taxe foncière, l’usufruitier est redevable de la totalité, sauf convention contraire passée avec les nus-propriétaires. Dans les successions familiales, cette convention existe rarement. Le conjoint survivant supporte alors seul une charge croissante sur un bien qu’il n’a pas forcément choisi de conserver, ce qui alimente des tensions récurrentes entre héritiers.
Le piège de la taxe d’habitation résiduelle
La taxe d’habitation sur les résidences principales a été supprimée, mais elle subsiste pour les résidences secondaires et les logements vacants dans certaines communes. Si l’usufruitier occupe le bien comme résidence principale, aucune difficulté.
En revanche, lorsque le bien reste vacant (situation fréquente dans les successions conflictuelles où personne ne l’occupe ni ne le loue), la taxe sur les logements vacants frappe l’usufruitier. Ce coût reste souvent sous-estimé dans les indivisions successorales bloquées.
IFI et démembrement en indivision : qui déclare le bien en 2026
Le principe posé par le Code général des impôts reste stable en 2026 : l’usufruitier déclare la valeur en pleine propriété du bien à l’IFI. Le nu-propriétaire n’a rien à déclarer pour ce bien, quelle que soit sa quote-part indivise dans la nue-propriété.
Le Code général des impôts prévoit des cas où la règle diffère, notamment pour certains démembrements d’origine successorale. Dans ces situations, la charge déclarative peut être répartie entre usufruitier et nus-propriétaires selon la nature du démembrement et les conditions d’acquisition des droits. Les modalités précises dépendent du dossier et justifient une analyse notariale au cas par cas.
Les conséquences financières varient fortement d’un scénario à l’autre. Dans le cas standard, l’usufruitier peut se retrouver assujetti à l’IFI sur la valeur totale d’un patrimoine dont il ne perçoit qu’une fraction des revenus. Dans le second, la charge est mieux répartie entre les titulaires de droits.
Vente d’un bien démembré en indivision : calcul de la plus-value immobilière
Quand démembrement et indivision s’appliquent simultanément à un même bien, le calcul de la plus-value se fait par strate. Chaque titulaire de droits, l’usufruitier d’un côté et chaque nu-propriétaire indivis de l’autre, est imposé sur la fraction de plus-value correspondant à la valeur de ses droits.
Le barème de l’article 669 du CGI sert de référence pour ventiler le prix de cession entre usufruit et nue-propriété, en fonction de l’âge de l’usufruitier au moment de la vente. Les abattements pour durée de détention s’appliquent séparément à chaque titulaire :
- L’usufruitier bénéficie d’un abattement calculé à partir de la date d’acquisition de ses droits, souvent le décès du premier époux.
- Les nus-propriétaires indivis calculent leur abattement à compter de la même date, mais sur la valeur de la nue-propriété uniquement.
Le coût fiscal réel d’une vente dépend autant de l’âge de l’usufruitier que de la durée de détention. Un usufruitier âgé voit la valeur fiscale de son usufruit diminuer selon le barème, ce qui réduit sa base taxable mais augmente mécaniquement celle des nus-propriétaires. Des droits de partage peuvent par ailleurs s’ajouter lorsque la liquidation de l’indivision intervient à l’occasion de la vente, ce qui est presque toujours le cas en pratique.

Transmission et donation de la nue-propriété en indivision : points de vigilance récents
Lorsque la transmission a été anticipée par une donation de la nue-propriété, le mécanisme de base reste identique : au décès de l’usufruitier, l’usufruit s’éteint. Les nus-propriétaires récupèrent la pleine propriété sans droits de succession supplémentaires sur cette réunion.
Les transmissions démembrées de parts de sociétés détenant de l’immobilier (SCI, holding patrimoniale) font l’objet d’un contrôle renforcé. Les parts de SCI démembrées en indivision posent des questions spécifiques de valorisation que l’administration fiscale examine avec une attention croissante, notamment sur la cohérence entre la valeur déclarée des parts et la valeur vénale de l’immobilier sous-jacent.
Pacte Dutreil et démembrement : un encadrement durci
Pour les sociétés d’exploitation détenant un immeuble professionnel transmis en démembrement, les conditions du Pacte Dutreil ont été renforcées. Les actifs non professionnels sont désormais exclus du périmètre de l’exonération. Les familles qui comptaient transmettre une société mixte (activité et immobilier) en nue-propriété via un Dutreil doivent recalculer l’avantage fiscal réel.
L’architecture générale du démembrement n’a pas été bouleversée par les ajustements récents, mais les marges d’optimisation sur les transmissions via des sociétés se sont resserrées. Chaque famille dénoue ces situations différemment selon la composition du patrimoine et l’âge de l’usufruitier. Faire chiffrer précisément chaque scénario par un notaire reste, en 2026, le seul moyen fiable de connaître le coût réel de chaque option.

